Ebauches pour une écologie de transformation
“Génération précaire”
se mobiliser contre le chômage
par
La Sorbonne occupée par des étudiants. La Sorbonne évacuée par les forces de l'ordre. Quatre mois à peine après les émeutes de novembre et l'état d'urgence instauré dans les “quartiers difficiles”, le gouvernement a envoyé les forces de l'ordre à la Sorbonne pour empêcher les jeunes d'y exprimer leur colère face au CPE. C'est tout un symbole. Mais, que ce soit à Clichy ou à la Sorbonne, c'est toute une génération qui s'est réveillée pour refuser la précarité qu'on veut lui imposer et que l'on veut, à travers elle, imposer à l'ensemble des salariés.
A Clichy-sous-Bois ou Argenteuil, en novembre dernier, la jeunesse des banlieues s'est révoltée contre l'incroyable mépris exprimé et symbolisé par Nicolas Sarkozy, contre les contrôles au faciès, contre les injures, contre l'humiliation de toute culture populaire, qui va jusqu'à l'envoi de gaz lacrymogènes dans une mosquée, contre les injures faites aux deux jeunes morts traités sans preuve de “cambrioleurs” par un ministre de la République. Contre un modèle social qui les maintient dans la chômage et la relégation spatiale, contre un modèle “républicain” qui nie leurs histoires et stigmatise toutes leurs tentatives d'expression.
Au même moment, une autre jeunesse s'est révoltée, celle des classes moyennes, contre une exploitation invisible : celle des stages à répétition qui camouflent de vrais emplois, contre cette dérive ignorée ou acceptée par tous. Quelques mois après, la même “génération précaire” a pris la rue en masse, a bloqué les facs, pour s'opposer au Contrat première embauche, qui les assigne à la précarité jusqu'à 28 ans. Point commun à ces deux résistances, cette jeunesse essaie d'enlever le bâillon qu'on veut lui imposer.
La révolte des jeunes contre l'arbitraire
Car l'arbitraire subi par les stagiaires et peut-être bientôt les jeunes en CPE, licenciables à tout moment sans motif, entraîne leur soumission. Et c'est bien là tout l'intérêt de la précarité pour les employeurs. Le taux de syndicalisation est déjà faible en France. Chez les jeunes, il est encore plus bas. Chez les jeunes en stages ou prochainement en CPE, autant dire qu'il sera proche de zéro. Ainsi, cette classe d'âge qui ne trouve pas de représentants politiques au sein des institutions trustées par les quinquagénaires cumulards,
risque tout simplement, via ces périodes d'essai permanentes, d'être assignée au silence également dans le monde du travail.
Ce qui est terrible avec le problème des stages, c'est que ce scandale, qui touche tout de même 800 000 jeunes par an, n'avait jamais été porté, ni par des syndicats ni par des partis, le nôtre pas plus que les autres. Cela pose la question de notre surdité collective à l'égard des nouvelles formes de précarité, celles qui n'entrent pas dans les cases habituelles.
Pour la jeunesse, la droite, elle, développe un projet cohérent : fin de l'éducation générale pour les uns, précarité pour les autres, et répression pour tout le monde. Avec le contrat d'apprentissage à 14 ans, le gouvernement tire un trait, de facto, sur le collège unique, institué en France depuis 1975. Il remet en cause la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, acquis depuis 1959. L'Assemblée vient d'avaliser le travail de nuit pour les jeunes de 15 ans. Avec le CPE et le CNE, il donne les mains libres aux employeurs pour licencier sans motif.
Et nous, quel est notre projet ? La mobilisation des jeunes est peut-être une de nos dernières chances pour leur montrer que nous sommes à l'écoute. Nous avons la responsabilité de leur montrer que leurs représentants sont capables de répondre à des problèmes nouveaux, des problèmes que ma génération n'a pas eu à connaître mais qu'elle est encore capable de comprendre et de résoudre. A l'inverse, si rien ne sort de ces mobilisations ni de l'alternance politique que nous visons pour 2007, ces jeunes qui ont eu un comportement exemplaire, qui sont allés négocier avec tous les groupes parlementaires, avec tous les syndicats, qui nous ont envoyé des mails par milliers, bref qui ont joué le jeu de la démocratie, ces jeunes auront de bonnes raisons de ne pas aller voter ou militer à nos côtés, et nous n'aurons qu'à nous en prendre à nous-mêmes.
C'est pour cela que j'ai défendu au Sénat des réformes indispensables pour éviter que de véritables emplois camouflés soient occupés par des stagiaires sous-payés : limitation à six mois de la durée d'un stage, rémunération minimale et progressive assujettie aux cotisations sociales, inscription du stage dans le code du travail, délai de carence entre deux stages, convention de stage obligatoire, plafonnement du nombre de stagiaires par entreprise… Et plus largement, pour montrer aux jeunes qu'ils sont vraiment socialement majeurs, je défends l'extension du RMI aux 18-25 ans et la mise en place d'un véritable salaire étudiant.
Et tout cela au nom de l'emploi…
Inutile de dire que l'UMP ne les a pas adoptées… La droite a un projet pour la jeunesse, mais ce n'est qu'un prélude à celui pour toutes les classes d'âge. Sa maxime est simple : précariser pour résorber le chômage.
“La bataille pour l'emploi est en passe d'être gagnée” affirmait Dominique de Villepin fin janvier sans avoir peur du ridicule… Mais, qui peut croire à la baisse du chômage que
M. de Villepin mettait ainsi en avant pour convaincre du bien fondé de sa politique ?
Si l'on s'intéresse réellement aux femmes et aux hommes qui sont au chômage, si l'on prend en compte l'ensemble des 8 catégories de l'ANPE (et pas seulement les catégories 1 et 6 médiatisées chaque mois), on constate qu'il reste toujours plus de 4 150 000 inscrits. Avec les 407 000 “plus de 55 ans dispensées de recherche d'emploi”, cela fait plus de 4,5 millions de chômeurs. Et 1 200 000 personnes sont au RMI, dont la moitié ne sont pas inscrits à l'ANPE. Au total, plus de 5 millions d'hommes et de femmes sont toujours au chômage et des millions n'ont que des emplois précaires…
Et tout le monde a compris que la baisse du chômage affichée par le gouvernement est due principalement au basculement vers le RMI de chômeurs de longue durée et au départ en retraite des “carrières longues”, ces personnes qui ont commencé à travailler à 15 ans et peuvent partir avant 60 ans. Jusqu'en 2007, seul ce côté sympathique de la réforme Fillon va apparaître (les départs anticipés). A partir de 2008, au contraire, c'est l'augmentation générale de la durée de cotisation qui va impacter la population active : passer progressivement à 40 puis 42 années de cotisation, c'est laisser plus d'un million d'actifs sur le marché du travail alors que beaucoup comptaient sur la démographie pour vaincre le chômage !
Quel est le principal succès du gouvernement sur le front de l'emploi ? La précarité ! Le CNE et ses deux ans de période d'essai ! “300 000 CNE signés en quelques mois” nous dit-on mais, selon l'Insee, le secteur privé n'a créé que 1 000 emplois en un trimestre (solde net). En réalité, on a remplacé 300 000 emplois en CDI ou en CDD par des emplois ultra-précaires. Quel bilan ! Devant les syndicats, M. de Villepin affirme qu'il veut construire une “sécurité sociale professionnelle” mais il précarise plus vite et plus fort qu'aucun de ses prédécesseurs. Et, début janvier, le Président du groupe UMP à l'Assemblée nationale proposait de généraliser cette nouvelle forme de servage aux entreprises de plus de 20 salariés. Quel est l'objectif du gouvernement : le plein emploi ou la pleine précarité ?
Quant à cette “fameuse” croissance, dont M. de Villepin promet le retour (comme tous les Premiers Ministres depuis 30 ans), elle semble bien fragile. Les déséquilibres de l'économie américaine sont tels que le centre Bruegel, un think tank bruxellois, affirmait récemment que l'on n'échapperait pas à un atterrissage assez brutal (en clair, une grosse récession aux Etats-Unis et dans le reste du monde). Le scénario le plus optimiste concluait à la destruction de 3 millions d'emplois en Europe…
Loin d'être la solution, le libéralisme nous amène dans le mur! C'est à gauche que se trouvent les solutions. A condition que la gauche accepte la rupture avec le libéralisme. A condition que la gauche choisisse l'écologie de transformation.
Hélas, malgré le 21 avril 2002, malgré le 29 mai 2005, malgré les émeutes de novembre, malgré les milliers de jeunes qui, dans les rues, demandent qu'on leur dessine un avenir, le PS semble incapable de se remettre en cause. Renfermée dans son bunker, refusant le droit d'inventaire, la direction du PS a décidé de faire comme si tout allait bien. La synthèse issue du Congrès du Mans est présentée comme la charpente du projet pour 2007. Un copier-coller bâclé en une nuit, à partir de textes rédigés pendant les vacances, nous est présenté comme l'alpha et l'oméga de la pensée réformiste. La rédaction du projet a été confiée à un quarteron d'anciens ministres. Quelle est leur capacité d'auto-critique ? Quelle est leur capacité d'écouter des idées nouvelles ?
En 1981, la gauche voulait changer la vie. Quelle est aujourd'hui notre ambition ? Regagner le pouvoir en comptant sur le rejet de la droite ou construire une société de justice sociale ? Si le PS est incapable d'inventer du neuf, n'est-ce pas à nous, les Verts, de le faire ? Si le PS donne l'image d'une gauche résignée, d'une gauche fatiguée, n'est-ce pas à nous, les Verts, de réveiller l'espoir ?
Plus personne sous le seuil de pauvreté !
Face à la précarité, la gauche doit sécuriser les parcours professionnels. On dit souvent, pour culpabiliser ceux qui vivent des minima sociaux, que la France est très, voire trop généreuse. Les chiffres d'Eurostat sont pourtant accablants : pour chaque chômeur, le Danemark dépense 2,6 fois plus que la France. Les Pays-Bas, la Belgique, l'Allemagne, l'Irlande ou le Portugal également font mieux que nous. L'indemnisation des chômeurs (les dépenses “passives”) est plus élevée : 40 % de plus en Allemagne, 70 % en Belgique, 160 % de plus au Danemark, 170 % de plus aux Pays-Bas !
Ces chiffres devraient être au cœur de la renégociation de l'Unedic, mais le Medef cherche encore à diminuer les indemnités des chômeurs. J'ai travaillé longtemps pour le MNCP, et je sais à quel point la recherche d'emploi coûte cher, prend du temps. Le but de la droite, c'est de faire travailler tout le monde le plus longtemps possible, par tous les moyens. Le moyen pour cela, c'est de créer des travailleurs pauvres et de stigmatiser les chômeurs. C'est aussi de rogner sur la formation intellectuelle, d'envoyer dans le monde du travail les jeunes de plus en plus jeunes, sans bagage pour l'affronter.
Ecologie et emploi
Je vous renvoie aux textes sur l'Europe sociale ou le partage du temps de travail de cette brochure pour montrer que les Verts sont porteurs des choix les plus ambitieux pour sortir de la crise sociale par le haut. Mais je finirai tout de même en montrant qu'écologie et emploi, dans la perspective d'une écologie populaire, doivent aller main dans la main. Il faut réussir à montrer aux électeurs que l'écologie n'est pas une contrainte supplémentaire pour l'économie. Quand des syndicalistes français défendent le nucléaire au nom de l'emploi, notre rôle est de leur prouver qu'une politique énergétique alternative permettrait des créations d'emplois par centaines de milliers, comme le défend d'ailleurs la Confédération européenne des syndicats.
Les énergies renouvelables, par nature, obéissent à un fonctionnement plus décentralisé, plus riche en gisements d'emplois de toutes sortes que l'énergie nucléaire. De même, les transports en commun demandent deux fois plus d'emplois et deux fois moins d'énergie que la voiture pour déplacer un passager sur un kilomètre.
De plus, les économies d'énergie, par exemple sur l'eau, permettent d'autofinancer les emplois de demain qui les génèrent : économes de flux, techniciens de maintenance, animateurs, pédagogues, architectes… Au lieu de gaspiller des ressources, on utilise des ressources humaines, c'est bon pour l'emploi et bon pour l'environnement. Un plan d'isolation des logements permettrait des économies d'énergie substantielles et constituerait un investissement pour que les Français paient moins de ces charges qui étouffent les ménages modestes.
Voilà de quoi rendre l'écologie populaire.
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