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Mercredi 5 avril 2006

Ebauches pour une écologie de transformation

Ecologie de transformation

ou écologie de rationnement ?

par Dominique Frager

 

Dans l'esprit d'une écologie de transformation et pas seulement d'une écologie de dénonciation, se drapant dans une posture prophétique, je propose ici une lecture critique des dernières thèses d'Yves Cochet.

 

 Comment peut-on résumer ces thèses ? Nous vivons la fin imminente du pétrole bon marché. “Le pic maximal du pétrole (appelé pic de Hubbert) est vers 2007” (page 19). La hausse des prix des hydrocarbures sera la fin du monde tel que nous le connaissons. En raison d'un triple choc. D'abord, un choc “géologique” : le déclin définitif du pétrole à bon marché, à partir d'un pic imminent (il n'y a pourtant pas de signe empirique de la crise géologique). Ensuite, un choc “économique”, en raison d'un excès structurel de la demande par rapport à l'offre. Enfin, un choc “géopolitique” lié au terrorisme et à la guerre au Moyen Orient.La conséquence de ce triple choc est “un chaos social” (inflation, récession…). “Les évènements violents consécutifs au pic de Hubbert ne peuvent être décrits aisément et calmement”. En effet “comment décrire ce chaos ?” (pages 193,194).

 

L'auteur suggère qu'il sera pire que la grande dépression de 1929 ou que la débâcle française de 1940 (page 199). Mais, dans ce contexte, un miracle peut surgir : une société de sobriété avec autosuffisance locale et régionale, une relocalisation économique assurée par le protectionnisme, une planification concertée et un rationnement. Cuba est pris comme exemple à suivre (pages 213 à 216). “Cuba est aujourd'hui le pays où s'applique le mieux l'expression ambiguë de développement durable, par nécessité historique douloureuse, et non par choix politique volontariste” (page 216). Mais, comme presque toujours, dans l'histoire réelle, le rationnement va de pair avec la dictature !

 

Pour Yves Cochet, s'appuyant sur les travaux de l'Association pour l'étude du Peak Oil (ASPO), le pic de production aura lieu entre 2006 et 2010, en tout cas avant la fin de la décennie. Le problème N° 1 est donc celui de l'importance du temps qui nous reste, et Yves Cochet développe l'hypothèse de l'imminence d'une pénurie physique et d'un rationnement général du pétrole. Notons, au passager que J. Laherrère, fondateur de l'ASPO, et inspirateur de Cochet avait, en 1995, émis un pronostic du pic en 2005 ! Aujourd'hui, il parle avec prudence de 2015 ou 2020.Il nuance d'ailleurs la date de 2015 en parlant “de réalité en plateau de tôle ondulée”. Par ailleurs, il estime “qu'il estdélicat de donner plus de deux chiffres significatifs sur les données pétrolières, car leur marge d'erreur est souvent de l'ordre de 10%”. Enfin, J. Laherrère dit que la production du pétrole non conventionnel (il entend par là le pétrole synthétique issu du charbon et les gains de raffinerie) devrait atteindre un pic entre 2030 et 2050. Par ailleurs, Jean Laherrère niait il y a quelques années encore le réchauffement climatique lié aux gaz à effet de serre. Tandis que Pierre Bauquis, autre représentant de l'ASPO, propose un scénario de triplement du nucléaire.

 

Pour adopter totalement les thèses d'Yves Cochet sur les conséquences “apocalyptiques”, il faut d'abord nier les possibilités d'adaptation des économies développées à l'élévation des niveaux des prix. Et aussi oublier le caractère dynamique des ressources exploitables, en fonction aussi bien des coûts que des avancées technologiques.

Si le niveau des prix correspond, en effet, à une production donnée, on ne passe pas de manière mécanique d'une prévision de pétrole cher à une situation de pénurie physique généralisée. Par exemple, Yves Cochet réfute les écotaxes et leurs effets positifs comme moyen politique du changement (s'en référer au débat Cochet-Lipietz, chez les Verts de Toulouse, en 2004). Il minimise d'autres facteurs qui doivent être considérés : le gaz, le charbon, les hydrocarbures lourds peuvent-ils relayer le pétrole ? La Congrès mondial du gaz a estimé que 20 % de la production mondiale n'était pas valorisée (1997). Il demeure d'énormes quantités de charbon exploitable, redevenues rentables avec l'augmentation du prix du pétrole. Les énergies renouvelables peuvent-elles décoller à temps ? Yves Cochet les minimise, alors que dans le scénario d'une société comme Shell, 30 à 50% de l'électricité pourrait être produite par les énergies renouvelables.

 

D'autre part, le charbon peut être converti en carburants liquides, via des procédés éprouvés (Fisher Tropsch). Ainsi, le Chine construit des usines sous licence sud-africaine, produisant 440 millions de barils/an. Mais au prix de combien de carbone dans l'atmosphère ! Certes, le charbon liquide risque de se développer, dans le contexte de prix pétrole élevé et stable (40 $ minimum par baril de charbon liquide).

 

Le danger majeur n'est-il pas alors, avec le développement des hydrocarbures de remplacement, celui de l'accélération du changement climatique. La question importante devient : “combien de carbone consommera-t-on durant le prochain siècle ?” et non “combien de carbone restera-t-il ?”, comme on dit “combien de pétrole restera-t-il ?”.

La fin du pétrole, en quelques décennies, n'est alors plus une conséquence de la seule pénurie, mais celle d'un choix politique (avec un peu de temps pour s'adapter). S'il y a des chocs physiques sur le pétrole, ils auront lieu chez les pauvres du sud qui n'ont pas la même possibilité d'adaptation que les pays du nord. Il est vrai que nous sommes dans un troisième choc pétrolier, Pierre Radanne, ancien directeur de l'ADEME et co-responsable de la commission énergie des Verts, explique très bien les vraies raisons de ce choc dans son dernier livre : les Etats pétroliers et les grandes firmes ont joué la hausse des prix en préférant rémunérer davantage les actionnaires et en baissant les investissements sur les capacités de production, de transports, de raffinage, au moment même où le décollage économique chinois et indien faisait bondir la demande des matières premières et du pétrole. Les Etats occidentaux s'étant engagés, eux, à rebours, dans un processus de dérégulation. Yves Cochet parle lui fort peu de ces contraintes liées aux exigences du capitalisme financiarisé et du libéral-productivisme.

 

 Le scénario “Négawatt” et les travaux de Benjamin Dessus (revue Global Chance) portent le débat sur l'émergence “d'une société de sobriété”, sur le développement de nouvelles technologies permettant de diviser radicalement nos émissions de CO2, sur la possibilité de se passer du nucléaire… Si nos politiques publiques et nos comportements changent, nous ne sommes pas forcément obligés de passer à une écologie de survie ou une “écologie de guerre”. Nos comportements doivent aussi changer vers la simplicité volontaire. Pierre Radanne, dans son livre, page 138, montre à quel mode de vie correspondra une division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre. Tout cela n'a rien du rationnement et du style de vie proposés par Yves Cochet. Même si nous sommes d'accord avec l'auteur, pour changer par exemple notre assiette en redécouvrant les saisons et en donnant la priorité aux circuits courts d'approvisionnement alimentaire et en faisant de gros efforts comme particuliers en matière de transports.

 

 Bien sûr, il faut économiser d'urgence le pétrole qui se raréfie, mais les propos “apocalyptiques” ne sont que des prophéties contre-productives.

La très officielle agence internationale de l'énergie (AEI), dans son rapport d'avril 2005, Dépêchons-nous d'économiser le pétrole, a prôné une série de mesures dignes d'un parti écologiste : réduction de la vitesse à 90 km/h sur autoroute, circulation alternée à certaines périodes et voies spéciales pour le co-voiturage ; baisse des tarifs voire gratuité des transports publics ; raccourcissement de la semaine de travail vers les 4 jours. Le gouvernement français n'a évidemment pas pris ces mesures visant les transports. Dans son Plan Climat de juillet 2004, il leur a même tourné le dos en renonçant à introduire un bonus-malus écologique pour pénaliser les grosses cylindrées, ni retenu l'idée de ramener la vitesse maximale sur autoroute de 130 à 120 km/h. Pourtant, une baisse de quelques pourcents seulement de la demande carburants dans les transports pourrait refroidir la flambée des cours mondiaux du pétrole (les transports absorberont une part croissante de la production pétrolière : 55 % prévus en 2030 face aux 35 % en 1971, selon l'AIE).

Ainsi, réduire l'usage et le dimensionnement des véhicules est donc impératif, mais il faut surtout réorganiser le secteur des transports, avec priorité aux transports publics et au rail, et non à la route et aux avions.

 

La question majeure est celle de la “logique carbone”, pour reprendre une expression de Greenpeace. Les risques réels du changement climatique doivent inciter toutes les forces de gauche à présenter, dans leurs projets présidentiels (ou leur projet présidentiel !) un contrat de législature comportant un vaste plan d'économie d'énergie et des propositions très concrètes sur les transports, l'isolation des logements, entre autres.

Ces propositions ont déjà fait l'objet de nombreux travaux, notamment associatifs : Négawatt, Global Chance, Réseau-Action-Climat, Sortir du Nucléaire…

Pour réduire notre empreinte écologique, des axes prioritaires doivent être présentés par les Verts pour un contrat de gouvernement et à la présidentielle. Des mesures peu nombreuses, mais ambitieuses et lisibles, dont un programme d'isolation thermique de l'ensemble des logements existant, en liaison avec un financement public pour en faire bénéficier plutôt les tranches de revenus les plus modestes.

 

Avec un optimisme raisonné (pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté), nous pouvons dire que nous ne sommes ni en août 1914 ni en 1938. Ces délais nous permettent une écologie de l'espoir.

 

Références bibliographiques :

Yves Cochet, Pétrole apocalypse, Fayard

Pierre Radane, Energies de ton siècle, des crises à la mutation,

Lignes de repères.

Benjamin Dessus et Hélène Gassin, So Watt ? L'énergie, une affaire de citoyens, éditions de l'Aube.

Scénario NégaWatt. Pour un avenir énergétique sobre, efficace

et renouvelable.

Les Cahiers de l'association Global chance, en particulier le numéro

sur la maîtrise de l'énergie et celui sur les énergies renouvelables.

 

 

 

Dominique Frager , professeur d'histoire, a été maire-adjoint

de Colombes (92) de 1995 à 2001.

Il est l'auteur avec Georges Gontcharoff du livre Colombes D'un mandat à l'autre (Adels, 2001).

Ancien Conseiller régional, il a activement participé à la mouvance “Socialisme ou barbarie” avec les frères Cohn-Bendit puis a rejoint

le PSU. Adhérent à “Convergence Ecologie Solidarité” de Noël Mamère, il a adhéré aux Verts en 1997. Son itinéraire personnel est un cheminement individuel et collectif de la nouvelle gauche à l'écologie politique.

Actuellement conseiller municipal d'opposition à Colombes, il a participé à de nombreux combats, de LIP au Larzac jusqu'aux MLAC sur les droits des femmes, et a participé à l'organisation des marches pour l'égalité entre français et immigrés en 1983. Son action se situe parallèlement dans les institutions et dans les luttes sociales et environnementales.

Par Dominique Frager - Publié dans : Contributions programmatiques
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Mercredi 5 avril 2006

Ebauches pour une écologie de transformation

Crise écologique

et candidature verte

par Antoine Bonduelle

 

La candidature idéale, celle qui sera, n'en doutons pas, désigné par le vote interne des Verts, convaincra par son attitude et son message de fond. On peut distinguer au moins quatre axes pour en juger : la crise écologique est sérieuse et l'action urgente ; les propositions programmatiques des Verts permettent de construire avec la gauche une coalition anti-chômage, favorable au budget des ménages; la candidature doit mobiliser les forces qui lient la solidarité avec les sociétés du Sud et la limitation des menaces sur la planète; enfin, cette candidature devra proposer une large décentralisation de l'énergie en France.Ces quatre directions questionnent les Verts ou leurs partenaires.

 

 Ainsi, le premier axe nous renvoie à l'urgence de l'action : accélération de la crise des climats, croissance effrénée des pays émergents et des Etats-Unis, signaux inquiétants sur les matières premières, soubresauts de la prolifération nucléaire... Notre conviction, c'est que l'humanité ne conservera des conditions vivables que si des décisions sont prises rapidement sur les transports ou l'habitat. Barroso à Bruxelles, Villepin à Paris, et leurs successeurs immédiats doivent prendre aujourd'hui ou pas les mesures indispensables, sans attendre un hypothétique gouvernement Vert dans le futur. Ce dernier point interdit de faire la politique du pire, même s'il est constant que nos partenaires et nos adversaires ignorent la gravité de l'enjeu.

 

De plus, accepter l'urgence ne veut pas dire que l'on pourrait escamoter l'une ou l'autre crise. Il y a en effet quelque chose de technocratique à vouloir mettre “tout le paquet” sur une seule question et à juger que l'urgence est “secondaire” sur les autres questions pressantes. Il y aurait aussi un problème moral à mettre la survie des sociétés occidentales (menacées par la fin prochaine du pétrole) au dessus de la question du changement climatique (qui menace gravement les tropiques et les sociétés agricoles pauvres), ou encore du nucléaire (qui pèse sur l'humanité entière).

La candidature aura à parler aux Français de la crise pétrolière qu'ils vivent, de la crise climatique qu'ils voient approcher. La découverte de ces crises dans notre futur proche est angoissante, donc les hommes politiques et les Verts en particulier devront aider les citoyens à faire face collectivement (via les politiques de l'Etat, des Régions, des communes, des entreprises) mais aussi individuellement par les changements de mode de vie, en commençant par les “petits gestes”. Si la société s'organise, ces derniers peuvent s'élargir à des politiques pertinentes, témoin ces politiques cyclables en ville initiées par des associations décidées ; ou encore pour la nourriture, des circuits de distribution courts et innovants, là encore initiés par les gestes militants de quelques-uns.

 

Second axe de la candidature, les propositions issues des programmes écologistes permettent de construire une coalition avec la gauche. Diviser par quatre (“le facteur 4”) les consommations d'énergie sur cinquante ans sur la base d'un scénario de type “Négawatt”* met le pays en position de limiter le réchauffement climatique sous l'objectif des 2°C. en moyenne. En quelques décennies notre pays peut se passer en partie des énergies fossiles. Ce choix créera massivement des emplois, cela diminuera la facture énergétique des ménages, et limitera les coûts financier et écologique du pétrole et du nucléaire. La mesure phare ici, c'est la rénovation systématique du logement vers une performance énergétique compatible avec nos objectifs globaux, par exemple le “50 KWh/an/m2” prôné par les grandes associations de défense de l'environnement.Toujours dans un “programme commun à la gauche”, la reconversion des transports de marchandises et de personnes sera financée par le transfert de la taxation des carburants vers les systèmes collectifs et le rail. Les Verts ont utilisé avec succès les rapports de force en région en faveur de l'investissement dans les trains de voyageurs. Ils doivent annoncer ici la fin du tropisme routier de l'Etat, et proposer à leurs partenaires une priorité systématique pour les transports en commun et la fin de l'étalement urbain.

 

Le troisième axe est la mobilisation des forces voulant réduire les menaces sur la planète et la solidarité avec les sociétés du Sud. Il s'agit clairement du projet de génération pour la construction d'une Union Européenne qui ait un sens pour les générations futures. Ici le projet affiché doit être celui de l'immense majorité des Français qui se sent solidaire des victimes du Tsunami ou veut aider l'Afrique à se développer. Il n'y a pas la place pour une coalition étriquée voulant prolonger l'instant du référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel. C'est entendu, l'Europe ne doit pas être un espace libéral sans âme, mais il n'est pas question non plus d'un repli souverainiste, voire chauvin. L'Europe, c'est le Protocole de Kyoto, c'est la directive REACH : un espace qui accepte la complexité et donc le compromis, et montre au monde une voie de passage pour le siècle qui vient sans l'imposer. La perspective d'une candidature Verte c'est d'investir ces instruments -même limités- portés par l'Union Européenne et d'en créer d'autres pour faire face notamment à la question lancinante des réfugiés de l'environnement.C'est aussi au niveau européen que doit se repenser l'Aide Publique au Développement (APD) ainsi que les instruments de coopération économique de développement comme le Mécanisme de Développement Propre (MDP) du Protocole de Kyoto (**). De plus, nos partenaires allemands de la coalition rose-verte ont pris l'initiative en 2004 d'une conférence onusienne à haut niveau sur les énergies renouvelables.

Ce cadre européen et international se prête bien à une initiative sur le solaire et le développement en Afrique et en Asie du Sud. La candidature Verte pourrait proposer de développer une série de projets autour de ces énergies, combinée avec une politique industrielle accélérant le décollage économique mondial du solaire, de la biomasse performante ou des énergies marines.Ainsi, par exemple actuellement la capacité de production mondiale du photovoltaïque est saturée par une croissance considérable de la demande de modules depuis dix ans.Un réseau de nouvelles usines de production (lingots, modules, montage-encapsulage…) réparties dans les pays en développement (PED, par exemple au Maroc, en Afrique du Sud, en Egypte…) peut se voir confier la commande de véritables “centrales photovoltaïques” à placer près des agglomérations urbaines du Sahel. L'électricité solaire peut remplacer une part significative de l'électricité des pays les moins avancés (PMA) produits en ville avec des Diesel.Ces centrales importantes (plusieurs mégawatt) seraient confiées à des structures locales moyennant des garanties d'usage et de maintenance. Un tel système permettrait aux compagnies locales de distribution d'électricité - souvent au bord de la faillite vu le prix du pétrole - de reprendre l'extension des réseaux vers les populations les plus démunies.

 

Actuellement c'est la garantie de telles commandes massives qui manque pour déclencher la construction des nouvelles unités de production. Pourtant, chaque nouvelle génération d'usines abaisse encore les coûts de revient des photopiles. En choisissant une politique industrielle combinant la coopération avec les PED et l'aide aux PMA, et favorisant à terme les échanges entre pays du Sud, l'Europe concrétiserait enfin le transfert massif de technologie promis à Rio pour allier environnement et développement. Il existe bien entendu d'autres exemples que l'énergie solaire, mais ce cas du photovoltaïque fait gagner tout le monde. En effet, le niveau de prix des modules solaires les rend déjà intéressants dans une grande partie du monde, mais la création de nouvelles productions massives pourra abaisser ce prix jusqu'à le rendre compétitif dans les pays du Nord, pour y substituer une partie du charbon et du nucléaire.

 

Dernier axe, l'alliance avec les collectivités locales, les régions et les acteurs de la société pour sortir des énergies fossiles et fissiles. Il s'agit de mobiliser ces acteurs en les dotant de plus d'autonomie pour (re)trouver une idée solidaire des services publics, du partenariat public-privé d'intérêt général, de la mobilisation des potentiels. Seule cette alliance permet de réussir le programme “facteur 4” prôné plus haut. Ici encore, la candidature Verte interpelle la gauche, en proposant que le citoyen ait sa part de la décision dans le domaine de l'énergie. Concrètement, cela signifie une dévolution large des compétences sur la demande d'énergie aux Régions ; une loi-cadre sur les services publics visant à décentraliser les réseaux d'énergie et à donner l'absolue priorité aux économies d'énergie et aux énergies renouvelables. Les services publics sont en France concédés par les collectivités mais confisqués par les marchands d'eau, d'électricité et de gaz. Pour faire gagner l'intérêt public porté par les élus et les citoyens contre ces cartels, une nouvelle décentralisation est nécessaire.Dans le même grand chantier, on inclura le développement massif des filières du bois et de la biomasse. Ce choix est particulièrement créateur d'emplois et sera lié à une négociation globale sur l'avenir des espaces ruraux et des professions agricoles. La politique nationale des énergies renouvelables visera à dépasser rapidement l'objectif européen de 21% d'électricité renouvelable. En particulier, un système de contrat de plan Etat-Région-Collectivités, permettra de partager les bénéfices et les charges collectives du développement de l'éolien terrestre. Le lancement de la construction de centrales éoliennes placées en mer amorcera la production marine d'énergie, complétée ensuite par l'exploitation des courants marins. Ici aussi, une négociation globale avec les professions maritimes et la planification des réseaux sous-marins garantira le développement des emplois qualifiés liés à ces énergies et la préservation des milieux.Ajoutons à ces programmes le maillage à construire via des agences locales de l'énergie dans toutes les agglomérations et les branches de l'industrie. Ces agences - et aussi les équipes d'information sur l'énergie menacées actuellement par la droite - sont indispensables pour accompagner les millions de choix écologiques nécessaires. Leur coût budgétaire initial peut être largement compensé par les économies pour les collectivités, les entreprises et les ménages.

 

Les priorités affichées ici ne sont pas compatibles avec le soutien présent accordé au nucléaire dans les politiques publiques. Le renoncement au réacteur EPR et l'arrêt de la séparation du plutonium seront donc des exigences fortes vis-à-vis des partenaires, à la fois sur la base de l'exigence morale de décroissance des consommations d'énergie et pour la solidarité avec les générations futures.

 

* Le scénario Négawatt, réalisé par un groupe de professionnels de la Maîtrise de l'Energie, décrit des avenirs possibles à l'horizon 2050 pour réaliser la division des consommations d'énergie sans compter sur des technologies encore inexistantes. Pour plus d'informations, le site de Negawatt :  www.negawatt.org 

 

** Voir dossier MDP du Réseau Action Climat (RAC-F), février 2006

sur http://www.rac-f.org/rubrique.php3?id_rubrique=83

Par Antoine Bonduelle - Publié dans : Contributions programmatiques
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