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Mercredi 5 avril 2006

Ebauches pour une écologie de transformation

Les services publics

au coeur du projet écologiste

par Jean Lafont

 

L'avenir des services publics est en débat.Ces dernières années ont été marquées, en effet, dans ce domaine par un bouleversement profond du paysage : recul des missions assurées par le service public ; remise en cause du statut d'une grande partie des entreprises publiques, allant jusqu'à la privatisation de certaines d'entre elles et un retour aux mécanismes de marché.

 

Cette évolution a du reste commencé bien avant l'arrivée aux affaires du gouvernement Raffarin, ce dont il faudra bien un jour - et le plus tôt sera le mieux - faire le bilan. Le referendum sur le Traité constitutionnel européen, à travers les larges discussions qu'il a suscitées, a révélé à un certain nombre de nos concitoyens l'ampleur du changement déjà intervenu et le risque de son irréversibilité, du fait des règles de la concurrence, érigées en principe suprême - cela d'autant plus que, dans la tradition de notre pays, service public se confond souvent avec monopole public. 

 

Le choix entre une entreprise publique et une entreprise privée pour assurer la gestion d'un service public est souvent présenté comme un choix technique, de pure opportunité, d'efficacité : au fond, comme le disait Teng Hsiao Ping, “qu'importe qu'un chat soit noir ou gris, pourvu qu'il attrape les souris “. Mais est-ce bien sûr ?

 

La France a connu plusieurs vagues de nationalisations : à la Libération et, dans un contexte bien différent, en 1981. Bien qu'elle se soit révélée une bonne affaire sur le plan financier, cette deuxième vague a été un fiasco sur le plan politique. Formes du capitalisme d'Etat, les entreprises publiques sont-elles condamnées par l'histoire, ou bien peuvent-elles constituer, dans une vision rénovée, un élément important d'un projet écologiste visant à transformer la société ? Nous ne pouvons pas nous dérober à ce débat. Les réflexions qui suivent s'efforcent d'y apporter une première contribution, centrée principalement sur les services publics de réseaux.

 

Statu quo ou acceptation de la concurrence : un mauvais débat

Les critiques contre les monopoles publics fusent de toutes parts. Ce serait des sortes d'Etat dans l'Etat, imposant à la société leurs choix technologiques, sourds aux préoccupations des usagers, devenus avec le temps des sortes de mastodontes rigides, opaques dans leur fonctionnement, incapables d'évoluer dans le cadre de leur statut actuel. Cette critique est assez plaisante, lorsqu'elle provient de ceux qui sont aux affaires et disposent, ou devraient disposer, des moyens d'exercer leur tutelle et d'imposer leurs orientations. Mais venant des usagers, la critique est plus sérieuse, car elle pointe un certain nombre de réalités, dont la liste malheureusement pourrait être longue : responsabilité d'EDF dans le choix du nucléaire, de la SNCF dans la politique du tout TGV et dans l'abandon du fret, etc. Et le fait que ces monopoles publics aient été pendant longtemps les symboles d'un “productivisme d'Etat“ et d'une volonté centralisatrice ne contribue pas à les rendre sympathiques aux yeux de bon nombre d'écologistes ! Mais qui ne voit que les torts sont partagés, que ce sont souvent les mêmes personnes, tour à tour hauts responsables de l'administration et dirigeants d'entreprises, qui ont imposé ces choix à la société, avec tantôt l'appui, tantôt la passivité du pouvoir politique, et que la vraie question est celle de la direction politique des entreprises publiques ? Faut-il alors jeter le bébé avec l'eau du bain ?

 

On nous présente souvent le débat sous la forme de l'alternative :

 

- la défense du service public, tel qu'il est issu des nationalisations de l'après-guerre et en préservant, peu ou prou, son mode de fonctionnement actuel ;

- l'ouverture, plus ou moins brutale, du secteur public à la concurrence, censée le revivifier et le mettre à l'écoute de ses usagers…pardon, de ses clients

Je considère pour ma part que l'argument de la concurrence au service des usagers est un leurre, un leurre intéressé, lorsque l'on sait qu'au bout du compte, il s'agit de remplacer un monopole public par un ou plusieurs monopoles privés, qui vont se partager les marchés - voir le secteur de l'eau ou celui des transports urbains. Il faut dire que cette transformation est d'autant plus facile qu'au fil des années, la plupart des entreprises publiques ont échappé à l'emprise de la société, si tant est que celle-ci ait jamais existé, et ont troqué, avec l'aval de leur tutelle, le service à l'usager contre la conquête de clientèles, dans une pure logique de marché. Ces entreprises, à des degrés divers, se sont engagées dans la conquête des marchés étrangers et ont noué des alliances avec des firmes privées, dans la plus pure logique capitaliste. Ce n'est du reste pas un hasard si les responsables de ces entreprises sont souvent les premiers adeptes de l'ouverture du capital de leur entreprise et du changement de statut.

 

Le concept communautaire de “service d'intérêt économique général“ (SIEG) correspond, de fait, assez bien, à l'évolution de cette situation, puisqu'il isole, “à côté“ d'activités - principales - réalisées dans le cadre et dans la logique du marché, des missions de service public bien délimitées, dont le manque à gagner peut donner lieu à des compensations financières de la part de la puissance publique. Ceux qui disent que les directives communautaires sont neutres vis à vis du statut - public ou privé - des entreprises qui gèrent les services publics n'ont pas tort ; mais ils oublient d'ajouter que ces mêmes directives, en mettant la concurrence au poste de commandement, conduisent les entreprises publiques à fonctionner selon une logique de marché et de recherche de profit, sous peine de disparaître. C'est précisément là où le bât blesse.

 

Peut-on, pour autant, se contenter de défendre le statu quo? Je pense qu'un tel combat purement défensif, pour nécessaire qu'il soit à court terme, face à des menaces concrètes, est voué à l'échec lorsqu'on l'érige en stratégie. Il n'évitera pas les replis successifs, faute de savoir rallier à sa cause les grandes masses de la population. Le secteur public doit évoluer profondément, pour répondre pleinement aux attentes de la société ; et inversement, la société ne se mobilisera pour défendre le service public contre les attaques libérales, que si elle se considère comme sa dépositaire, comme sa garante.

Par ailleurs, s'il est juste de se battre pour le maintien d'un service public et des conditions sociales des salariés des entreprises publiques, la défense - du seul fait qu'il aurait un statut public - d'un monopole d'Etat qui se conduit comme une entreprise capitaliste n'est pas notre combat. Nous défendons le statut public, car ce statut est la condition nécessaire d'une appropriation sociale ; mais pour que celle-ci devienne une réalité, un profond renouveau démocratique du service public est indispensable. C'est cela l'enjeu.

 

Pour une vision renouvelée des services publics et de leur pilotage par la société

Le champ et le contenu des services publics ne sont pas définis une fois pour toutes, il revient à la société d'en décider, et c'est un choix politique fondamental, qui recouvre de multiples dimensions :

- la détermination des besoins à satisfaire, en prévenant notamment l'exclusion de certaines catégories de population ou de certains territoires (principe d'égalité, d'équité territoriale) ;

- la définition du niveau territorial responsable, dans un souci constant de rapprocher la décision du citoyen  ;

- le choix des grandes options technologiques ;

- la définition des principes de tarification, des modes de financement (dont le principe de péréquation) ;

- la constitution d'acteurs publics pour produire et gérer ces services, ou la définition de règles précises pour encadrer l'action d'acteurs privés

- la mise en place de dispositifs de contrôle et d'évaluation  

 

Il faut reconnaître qu'en pratique, ces principes sont violés bien souvent. Les exemples abondent dans tous les secteurs.

 

Il est temps de se souvenir que les services publics représentent un élément fondamental du lien social, un des moyens privilégiés de solidarité nationale et d'intégration. Ce lien est beaucoup plus puissant que celui du marché, car il s'adresse au citoyen, c'est un rapport entre les êtres humains, pas entre les choses. C'est par ce lien que les individus se constituent en collectivité. Encore faut-il, pour que ce lien fonctionne pleinement, que l'usager soit aussi acteur. Jusqu'ici, le pilotage du service public s'est réalisé dans le face à face technocratique entre le monopole public et sa tutelle, imposant sa logique technico-économique. Mais en excluant le citoyen, il a mis aussi le politique sur la touche, en le condamnant à valider des choix déterminés en dehors de lui. Faire du citoyen un acteur à part entière du service public, c'est rendre à la politique ses lettres de noblesse, en créant un espace de débat là où se décident des choix de société.

 

Ce contrôle-citoyen constituera une avancée démocratique sans précédent, dont la portée est bien plus large que les simples approfondissements de la démocratie représentative, il est de nature à transformer les rapports du citoyen à la politique, à repolitiser la société. C'est un enjeu de transformation sociale. Il doit porter sur l'ensemble des questions énumérées ci-dessus ; il appartient au pouvoir politique de créer les conditions de sa mise en œuvre.

 

L'irruption du citoyen me paraît en outre le moyen le plus sûr pour faire reculer le fond productiviste, dans la ligne du saint-simonisme, qui constitue souvent la culture des entreprises nationales. Car aujourd'hui nos sociétés font face à des urgences environnementales d'importance planétaire : changement climatique lié aux émissions de gaz à effet de serre, pollutions de toute nature qui détruisent les milieux de vie et menacent la reproduction des espèces, fin de l'énergie à bon marché, risques liés au développement du nucléaire et à des choix technologiques dictés par les seuls intérêts économiques. Ces enjeux, essentiels pour l'avenir de l'humanité, doivent se traduire par des objectifs fixés par la société à ses entreprises publiques, après en avoir débattu.

 

Quelques conclusions

1) l'avenir du secteur public doit être considéré comme une question majeure pour un projet alternatif en 2007. Nous devrons revenir sur les privatisations réalisées par la droite (et peut-être sur une partie de celles réalisées par le gouvernement Jospin).

 

2) Le secteur public doit être simultanément profondément démocratisé et “ écologisé “ dans la définition de ses objectifs, dans sa gestion, dans son contrôle. Une loi-cadre devra définir ces objectifs et les nouvelles règles du jeu, et en particulier le rôle des usagers-citoyens et des salariés, en leur donnant un réel pouvoir de contrôle sur le fonctionnement des entreprises publiques - ce qui se traduira par une modification de la composition et du rôle de leurs différents organes.

 

3) Des débats publics seront organisés pour chaque catégorie de service ; l'organisation en sera confiée à la Commission nationale du débat public.

4) Le gouvernement français devra soumettre à l'Union européenne un memorandum présentant ses orientations pour une directive-cadre sur les services publics. Son fil conducteur : les services publics constituent un élément fondamental pour la construction d'une Europe qui fasse société pour ses citoyens et qui concoure à la solution des problèmes environnementaux qui se posent à l'humanité ; chaque pays est libre de les organiser à sa guise, selon son degré de décentralisation, avec pour objectif de répondre aux besoins des différentes catégories de population et de renforcer la maîtrise de la collectivité sur ces services. A cette fin, la directive fixe quelques règles communes : participation des citoyens à la définition des objectifs et des modalités de mise en œuvre des services publics, ainsi qu'à leur contrôle ; elle énonce également le principe de coopération pour les relations entre les opérateurs des Etats-membres. Il n'est sans doute pas nécessaire, ni d'ailleurs possible, d'aller bien au-delà, dans un texte général, qui doit tenir compte de la diversité des situations dans les pays-membres. L'essentiel est dans le changement de perspective, puisque les services publics se voient reconnus en tant que tels et priment sur les règles de concurrence.

Par Jean Lafont - Publié dans : Contributions programmatiques
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Mercredi 5 avril 2006

Ebauches pour une écologie de transformation

Les écologies 

de transformation

 

par Patrick Farbiaz

 

L'unité de l'écologie politique n'est jamais un acquis définitif. Ces dernières années si les Verts ont réussi à regrouper l'essentiel des militants qui s'en réclament, la fracture entre l'écologie d'accompagnement et l'écologie de transformation apparue lors du dernier référendum sur l'Europe a laissé apparaître que des pans entiers de l'écologie militante se regroupaient désormais hors ou en marge des Verts et qu'il était nécessaire de rouvrir le débat politique sur la nécessité de construire un pôle politique de l'écologie de transformation.

Ce débat n'est pas franco-français. Les partis Verts à l'échelle européenne et mondiale sont traversés par des courants d'idées multiples. Il est difficile de caractériser chaque parti comme étant raccroché à l'un ou l'autre de ces courants tant la diversité est liée même à l'écologie. Néanmoins il nous a semblé intéressant de répertorier quelques uns des courants les plus significatifs de l'écologie de transformation en montrant que sous ce vocable il existe une multiplicité de courants d'idée. Nous avons privilégié des courants qui traversent d'autres continents pour sortir de la vision européocentriste du débat entre Verts qui se résume bien souvent en France à un débat pour une lutte de places entre sensibilités qui défendent souvent la même approche idéologique et politique de l'écologie. La réalité internationale de l'écologie politique est tout autre.

Nous avons centré notre classification sur l'écologie de transformation, la distinguant de l'écologie d'accompagnement qui veut simplement reverdir le capitalisme sans rompre avec le libéralisme.

La simple énumération de ces courants d'idées multiformes incite à mettre en place une confrontation d'idées pour que l'écologie de transformation commence à construire un pôle politique à part entière dans le mouvement écologiste. La fédération de ces mouvements est une nécessité au moment ou l'écologie politique en Europe est menacée de basculer dans plusieurs pays comme l'Autriche, l'Allemagne ou dans plusieurs pays de l'Est dans une écologie libérale pouvant sans état d'âme s'allier à la droite politique. Le débat sur la récupération de la notion de développement durable et sa transformation en une sorte de capitalisme vert donne également tout son sens à une telle démarche. En Amérique latine, en Inde ou en Afrique un débat sur les normes environnementales venues du Nord sans aucune concertation avec les populations du Sud oppose des mouvements de populations autochtones qui ont des pratiques écologistes réelles à une certaine écologie institutionnelle qui, à partir des bureaux des institutions internationales ou des ONG, cherche à définir une sorte d'universalisme vert en lieu et place des coutumes et des pratiques des peuples.

Pour l'écologie populaire de transformation

L'écologie serait une préoccupation de pays riches, entend-on souvent. Cette thèse est exposée sous la forme suivante : ceux qui ont résolu leurs problèmes de survie peuvent se préoccuper de la qualité de la vie, alors que les pauvres doivent consacrer toute leur énergie à leur survie. Ils ne peuvent accorder d'attention aux problèmes d'environnement puisqu'ils doivent d'abord songer à se nourrir, à se loger, à se soigner. L'histoire est pleine de mouvements écologistes populaires, c'est-à-dire de conflits sociaux avec un contenu écologique et des acteurs ayant une perception écologique du monde. Le discours écologique ne se réduit pas à la défense de privilèges esthétiques mais se réfère à la bio-diversité, à la lutte pour la préservation de ressources essentielles à l'homme, comme l'eau, l'air pur, la terre, à la satisfaction de besoins vitaux, comme l'espace ou la nourriture. “L'écologie populaire de transformation”, terme qui nous paraît le mieux définir ce type de combat politique, est l'expression d'un courant en rupture avec la Deep ecologie, l'écologie fondamentaliste, et l'éco-business, technocratique et institutionnalisé. Elle met la défense des droits humains au centre de sa réflexion et de son action, tout en liant les propositions pour un autre développement à l'amélioration des conditions de vie des groupes sociaux défavorisés. Elle insiste sur les rapports de force sociaux et sur la mobilisation de la société et ne se confine pas dans l'incantation apocalyptique. L'écologie populaire de transformation veut des résultats concrets et palpables.

Les racines de l'écologie populaire

L'écologie populaire est née dans plusieurs berceaux. On en trouve les racines dans le débat entre libertaires et marxistes au sein de la Première Internationale, dans le mouvement populiste russe des narodniki, dans Tolstoï ou dans Gandhi. Les deux branches héritières du marxisme, la sociale-démocratie et le léninisme, ne sont pas - loin de là - les uniques courants nés du mouvement de con test ation radicale de la société industrielle du XIXème siècle.

 

Une vision positiviste de l'histoire, nous empêche de caractériser comme des mouvements écologistes de pauvres les luttes des indiens pour la défense de leurs terres en Amérique du Nord et en Amérique Latine, certaines luttes anticoloniales ou bien encore celle des luddistes anglais ou des canuts lyonnais au XIXème siècle. Ils étaient déjà en guerre contre les machines et les techniques destructrices d'emplois et de conditions de vie.

Sans le dire, ces luttes se sont souvent structurées autour de l'écologie de la survie. De même, aujourd'hui, la lutte des paysans brésiliens en Amazonie, des pauvres en Inde, des paysans africains, des indiens d'Amérique latine, les combats qui permirent à la Confédération Paysanne de s'affirmer comme un syndicat paysan à part entière, furent des luttes d'écologie populaire qui n'en avaient pas le qualificatif mais, à tout coup, le sens.

 

Les décroissants

Le courant de la décroissance animé depuis plusieurs années par des théoriciens comme Serge Latouche est en train de se développer fortement en France. Disposant d'un mensuel La Décroissance, ce courant est en réalité extrêmement divers. Les premiers “Etats Généraux de la Décroissance” organisés en octobre 2005 à Lyon ont montré l'hétérogénéité d'un mouvement qui se développe autour de l'idée d'un mode de vie fondé sur la simplicité volontaire, sur la relocalisation des activités et de l'économie, sur la reconversion des activités humaines autour d'une logique centré contre la croissance.

L’Eco-socialisme

Combinaison de la critique du capitalisme et de la critique de la société industrielle, l'éco-socialisme auquel se sont référés des personnalités comme René Dumont, Pierre Juquin, la revue Ecologie et Politique, une tendance du mouvement Vert allemand animée pendant plusieurs années par F.O. Wolf ou bien encore par les militants de la L CR comme Philippe Corcuff ou Pierre Rousset se présente comme une synthèse entre l'écologie et le marxisme.

L'éco-socialisme veut remplacer la vision ouvriériste capital/travail par une transformation écosocialiste multidimensionnelle s'appuyant aussi bien sur le féminisme, l'écologie, la lutte contre l'aliénation ou l'exploitation.

L'émancipation n'est plus fondée sur une classe mais sur l'ensemble des personnes humaines qu'ils soient travailleurs, consommateurs ou usagers en tant qu'aliénés dans leur rapport à la nature et à l'économie.

Le petit livre Ecologie et socialisme paru en 2005 aux éditions Syllepse résume fort bien cette pensée qui cherche à faire converger des projets de tranformation radicale de la société, l'écologie et le socialisme, dans la perspective d'un nouveau paradigme de civilisation. Au PCF, aussi, certains comme Sylvie Meyer ou le Mouvement National de luttes pour l'environnement (MNLE) tentent de sensibiliser leur formation aux pratiques environnementales.

 

Les rouges et verts

Représenté par les Alternatifs ou l'Alternative rouge et verte au Danemark, il représente une variante de l'éco-socialisme qui met l'accent plutôt sur l'écologie que sur le socialisme tout en prônant une synthèse exigeante de ses deux paradigmes sur la base de l'alterdéveloppement et des pratiques autogestionnaires. Ce courant, issu du PSU, de l'AREV et des refondateurs juquinistes se situe clairement comme anticapitaliste et altermondialiste.

 

L’Eco-féminisme

L'éco-féminisme est né des mobilisations féministes antimilitaristes. L'éco-féminisme présent aux Etats-Unis et en Inde (ainsi Vandana Shiva en est une théoricienne) considère que l'assujettissement de la femme et la domination de la nature constituent deux aspects de la même relation autoritaire.

 

Pour les militantes de ce courant, le patriarcat et le militarisme sont à l'origine de la crise écologique, plus que le capitalisme. Certaines auteures montrent qu'il existe des associations entre le féminin, l'irrationnel et le naturel, d'autre part entre le masculin, le rationnel et le culturel.

L’écologie antimondialiste

A travers les combats contre la mondialisation libérale, une partie de l'écologie dite “profonde” a trouvé pour sa partie la plus progressiste une expression politique dans les thèses portes par le magazine L'écologiste fondé par Jimmy Goldsmith. Ce magazine distribué en anglais et en français s'attache à démontrer l'actualité d'une écologie intégrale fondée notamment sur la relocalisation de l'économie et des activités humaines.

Issue de la “deep ecology”, introduite par Arne Naess en 1973, l'écologie profonde constitue une combinaison du biocentrisme, théorie morale affirmant que tout être vivant mérite le respect moral et d'un mysticisme.

Cette écologie fondamentaliste s'inspire des pensées de Martin Heidegger et du bouddhisme en lutte pour une réintégration de l'homme dans la nature. Elle a longtemps inspiré une aile des grünen allemands et des sensibilités vertes américaines et anglo-saxonnes.

 

L’écologie radicale

Partant des prémisses idéologiques de la deep écologie, l'écologie radicale se caractérise par des formes d'action directe telles que l'écoguérilla, l'écotage ou écosabotage. Le mouvement Earth First (“la terre avant tout”) fondé en 1980 par Dave Foreman propose que la majorité des terres des Etats-Unis soient rendues à leur état naturel d'origine.

Certaines dérives racistes comme le soutien à la famine comme solution naturelle à la surpopulation ou contre l'immigration aux Etats-Unis ont entaché ce mouvement qui s'est développé dans de nombreux pays. On peut rattacher à l'écologie radicale le mouvement de libération animale (Animal Libération Front), très puissant en Grande-Bretagne qui se réfère à une idéologie liée à une éthique des animaux qui dépasse largement le cadre de la lutte contre la cruauté à l'égard de l'animal.

 

Ecologie libertaire ou écologie sociale

Pour les éco-libertaires, il y a un lien étroit entre les rapports d'oppression régnant entre les hommes constitués par des structures autoritaires et la domination de l'homme sur la nature. Murray Bookchin, militant canadien est le théoricien principal de l'écologie libertaire très influente en Amérique du Nord et dans certains secteurs en France (la revue Silence, le mouvement “écologie sociale” animé par Philippe Boursier ou écologie libertaire ).

L'écologie libertaire prône la démocratie directe et l'autogestion.

L’écologie populaire ou mouvement pour la justice environnementale

Né aux Etats-Unis comme une alliance entre le mouvement black ou hispanique et le mouvement écologiste pour lutter contre la discrimination sociale et environnementale, ce courant dit “d'écologie des pauvres” s'est développé en Amérique Latine et surtout en Inde.

En Octobre 1991, 600 délégués des communautés indiennes, latinos, noires et asiatiques, réunis à la Nouvelle-Orléans, ont adopté les 17 principes de “justice environnementale”, demandant notamment l'adoption d'une “politique publique basée sur le respect mutuel et la justice pour tous les peuples, sans aucune forme de discrimination ou de préjugés”

L'écologie des pauvres part à la rencontre de secteurs de la population pour qui l'écologie n'est ni un hobby ni une théorie fumeuse mais la réponse à des besoins sociaux essentiels.

L'écologie populaire est issue des courants de pensées non-violents, féministes, libertaires, de modes de vie alternatifs, de luttes indigènes, paysannes ou ouvrières qui se sont fédérés. L'écologie populaire est le fruit d'une convergence de pratiques des associations, mouvements et communautés sur plusieurs continents. Lutte pour la survie en Inde ou au Brésil, luttes pour la justice sociale et écologique aux USA,. c'est cet arc qui définit, mieux que les discours, la réalité de l'écologie populaire.

 

Les mouvements pour la survie dans les pays du tiers monde

En 1973, des villageois de l'Etat de l'Uttar Pradesh, en Inde, chassèrent des ouvriers venus de l'usine voisine pour couper des frènes devant servir à la production d'articles de sport. Ce genre d'incident se multiplia jusqu'à ce que des femmes du village s'attachent aux arbres pour barrer le chemin aux ouvriers. Le mouvement “Chipko” (mouvement “d'étreinte des arbres”), héritier des modes d'action du mahatma Gandhi, était né. Il devait se développer dans toute l'Inde. Des centaines de groupes locaux luttèrent ainsi contre le déboisement. Mais l'action des femmes “Chipko” visait aussi à participer au contrôle des ressources naturelles, à travers le reboisement des forêts ou la lutte contre la pollution des eaux.

L'autre mouvement fondateur de l'écologie populaire dans les pays du Sud fut celui de “l'Alliance des Peuples de la Forêt”, où se retrouvèrent réunis dans le même combat les seringueros blancs (extracteurs de caoutchouc) et les indiens d'Amazonie. Ils luttaient pour défendre leur territoire contre la police et les éleveurs. Leur revendication était l'utilisation collective des terres et la création de réserves d'extraction du caoutchouc appartenant à l'Etat. Leur leader, Chico Mendes, qui fut assassiné en 1988, luttait aussi pour subordonner l'extension de la Transamazonienne à la mise en oeuvre de mesures de protection de l'environnement.

 

Ces deux mouvements indien et brésilien peuvent être définis comme des mouvements de lutte pour la survie. Ici, la destruction des ressources naturelles est un coup fatal porté aux conditions de vie et à l'existence même des populations concernées. Derrière ces luttes, ce sont des sociétés tribales qui réaffirment leurs droits ancestraux sur les forêts et les terres, des villageois qui protègent leur terre et leur eau pour continuer à vivre, des paysans qui refusent le monopole des semences, des ouvriers qui s'organisent pour obtenir des conditions plus saines de travail.

 

Le mouvement de la justice environnementale est né aux Etats-Unis

En décembre 1992, plus de 25 0O0 personnes venant de 14 états du Sud, originaires de petites et grandes agglomérations ou de la campagne, se rassemblaient à la Nouvelle-Orléans dans le cadre de la “Southern Community Labor Conference for Environmental Justice”. Les militants réunis dans la capitale de la Louisiane entendaient pro test er contre les décharges toxiques et les industries civiles et militaires qui empoisonnent les communautés du Sud de leurs produits toxiques.

Ce rassemblement écologiste était nouveau parce qu'il exprimait l'urgence sociale de communautés. Comme l'avait dit une déléguée noire de Columbia : “notre peuple est en train de mourir, nous ne pouvons en supporter davantage”. On trouvait là, en effet, des amérindiens de Caroline du Nord, des ouvriers agricoles latinos du centre de la Floride, des Afro-Américains de Georgie, des Blancs luttant contre la pollution d'ateliers sauvages (les maquinadoras) installés au Mexique, sur la frontière. De nombreux lycéens et collégiens, défenseurs de l'environnement étaient présents.

Cette conférence fut une étape pour un mouvement né dans les années 80, reconnu par l'opinion publique quand des habitants du Comté de Warren se couchèrent devant des camions transportant des PCB afin de les empêcher de pénétrer dans leur communauté.

En 1987, “l'United Church of Christ” fit paraître un rapport détaillé démontrant que les décharges toxiques étaient installées de façon disproportionnée dans les communautés de couleur. Dans le même temps, une association de locataires, “la Gulf Coast Tenant Organisation”, regroupant des organisations de trois Etats du Sud, se transformait en mouvement environnementaliste. Ses membres venaient de réaliser qu'ils vivaient sous la menace des poisons rejetés par les usines chimiques installées entre la Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge, surnommée “l'Allée du cancer”.

En Octobre 1991, à son initiative, eut lieu un rassemblement de 600 délégués des communautés indiennes, latinos, noires et asi-américaines, “the People of Color Environnemental Leadership Summit”. C'est à cette occasion qu'ils adoptèrent pour la première fois les “17 principes de Justice environnementale”.

Cet appel soulignait les exigences de la Justice environnementale :

- “une politique publique basée sur le respect mutuel et la justice pour tous les peuples, sans aucune forme de discrimination ou de préjugés.”

- ”le Droit à l'utilisation éthique, équilibrée et responsable des terres et des ressources renouvelables dans l'intérêt d'une planète acceptable pour tous les êtres humains et les autres êtres vivants…”

Un autre principe indiquait que “la justice environnementale protège les droits des victimes de l'injustice écologique à recevoir une pleine compensation et réparations, ainsi que le

droit à la santé”.

Cette mobilisation des minorités américaines s'explique aisément. Ce sont les premières à être frappées par la pollution. Selon un organisme officiel, le taux d'intoxication chimique est deux fois plus élevé chez les enfants noirs que chez les enfants blancs. Dans la région de Los Angeles, 71% des afro-Américains et 50% des Latinos vivent dans des zones de pollution maximum de l'air contre 31% des Blancs.

C'est d'abord dans leurs villes, leurs quartiers et leurs ghettos que les usines déversent leurs produits toxiques et que sont installées les décharges de déchets. Avec les communautés blanches pauvres, les minorités raciales des Etat-Unis sont victimes d'un système de production en crise qui épuise les ressources naturelles sans satisfaire les besoins sociaux et qui dans sa logique folle du profit met gravement en danger la santé des populations. L'objectif de la justice écologique est donc de montrer que la dégradation de l'environnement est une discrimination de nature politique parce qu'elle se produit le plus souvent dans les lieux de vie des populations défavorisées et qu'elle s'y perpetue par négligence volontaire des politiques publiques. Pour les partisans de la justice écologique, la notion d'environnement s'étend à l'état du logement urbain, à la qualité de l'eau potable, aux conditions de sécurité sur les lieux de travail.

Ce mouvement empreinte ses formes de lutte à la tradition des mouvements non-violents et civiques des années soixante : manifestations, pétitions, enquêtes sur les scandales, propositions de changement de lois, travail d'éducation

dans les communautés.

La transposition de ce mouvement dans un pays comme la France n'est pas de mise mais nous ne pouvons que constater la différence de traitement des questions environnementales entre quartiers riches et quartiers pauvres. En Seine-Saint-Denis, la dégradation des sites a bien plus de conséquences qu'à Neuilly ou dans certaines parties des Yvelines. La cartographie des centres de stockage de déchets montre à l'évidence que le choix effectué est également de nature politique et sociale. On voit bien que ce ne sont pas les plus favorisés qui vivent près du périphérique, en dessous des couloirs aériens ou dans un univers de béton.

L'injustice environnementale va de pair avec l'injustice sociale. En d'autres termes, moins on a de revenus pour vivre et plus est faible notre “revenu en nature”.

L'environnement est un “marqueur” social qui ne trompe pas.

 

Nous n'en sommes qu'aux prémisses du débat sur la refondation de l'écologie politique.

L'hégémonie actuelle du courant libéral dominé par l'expérience gouvernementale des Verts allemands et par le groupe des Verts au parlement européen comme par le refus de débattre des vrais questions au sein des institutions vertes (fédérations continentales, global greens, coordination mondiale des verts) entraînera nécessairement une recomposition à laquelle nous devons nous préparer. L'apparition d'Alter Ekolo comme courant d'idées issu du Non de gauche écologiste et européen en est un des premiers signes. Les Verts français ne pourront faire l'économie d'une tel débat très longtemps. Les positions des Verts allemands popularisés notamment par Dany depuis plusieurs années engendrent des tensions de plus en plus grandes.Les Verts autrichiens envisagent de s'allier aux conservateurs qui maintiennent encore leur alliance avec l'extrême droite de Haider. Les Verts allemands n'ont pas voté la demande de commission d'enquête sur la guerre en Irak pour ne pas géner la coalition SPD CSU et leur ancien minbistre des affaires étrangères Joshka Fisher. Ils ne s'étaient pas davantage exprimé sur l'exportation de centrales nucléaires en Chine et avaient soutenu de manière déterminée les lois Hartz IV qui faisaient passer les réformes Raffarin sur les retraites et la sécu pour des réformes de gauche. Ce qui est en cause c'est une refondation de l'écologie politique. Les Verts dans leur configuration actuelle doivent se remettre radicalement an cause. La première étape de l'écologie politique, sa fondation dans les années 70-80 a été suivie par un premier enracinement sur le terrain et dans les politiques publiques et par le choix de l'alliance à gauche contre le “ni-ni“. La participation au gouvernement et à la direction des régions et des municipalités nous a permis d'échapper à la logique du témoignage mais elle a eu un prix. Une dérive gestionnaire sans ambition autre que la reconduction à l'infini des élus. Un nouveau débat s'ouvre maintenant sur l'utilité politique des Verts dans une situation où les urgences écologiques, démocratiques et sociales n'ont jamais été aussi importantes, où le simple verdissement des politiques publiques apparaît comme un aménagement du capitalisme au service d'une “mondialisation verte“ qui laisserait la planète aller droit dans le mur moyennant des corrections à la marge. Le débat qui s'ouvre verra s'opposer ces deux logiques. C'est pourquoi la refondation des partis Verts en France comme en Europe passe par une fédération progressive des différents courants de l'écologie de transformation qui leur permettent d'abord de débattre de leurs divergences et de leurs convergences et ensuite de se retrouver dans une même formation politique. Cela devient possible depuis le référendum du 29 mai parce que le débat politique a permis de faire apparaître à gauche non pas deux camps mais deux logiques, celle de l'accompagnement et celle de la transformation. Les tenants de cette dernière devront clarifier maintenant leur rapport au modèle de développement et donc au productivisme. C'est pourquoi les échéances électorales de 2007 qui arrivent sont importantes. La figure emblématique de José Bové fait problème dans la gauche anti-libérale car il est trop écologiste. Elle fait problème pour certains Verts parce qu'il est trop anti-libéral. Le cocktail est pourtant bien celui là : anti-libéralisme et anti-productivisme sont indissolublement liés. Si la campagne interne des Verts pour la présidentielle a un sens, c'est bien celui-là. Il faut arrêter les recompositions mi chèvre-mi chou, les positionnements tactiques sans lendemain. Jean Dessessard, comme José Bové, fait campagne sur ses convictions sociales et environnementales comme il l'a fait avant le 29 mai pour un Non de gauche et écologiste comme il le fera demain quelque soit le résultat des primaires internes. C'est comme cela que nous pourrons réouvrir le dialogue avec les milliers d'écologistes, souvent d'anciens Verts, écoeurés par les querelles de personnes, sans enjeux de fond.

 

Par Patrick Farbiaz - Publié dans : Contributions programmatiques
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