Ebauches pour une écologie de transformation
L’écologie de transformation:
pour une écologie populaire
par Jean-Michel Bérégovoy
Une affiche des élections européennes de 1999 posait cette question : “Et si le Vert était la couleur du 21ème siècle ?” Or aujourd'hui, force est de constater que nous sommes encore bien loin du compte. Pourtant, toutes les enquêtes d'opinion soulignent l'intérêt croissant des français pour l'écologie. Economie solidaire, protection de l'environnement, commerce équitable, alternatives énergétiques, démocratie participative sont au cœur des préoccupations de la plupart de nos concitoyens. Alors que doit-on faire pour transformer cela en réel soutien au moment même où les intentions de vote en faveur des Verts sont au plus bas dans les sondages ?
Ne devrions-nous pas plutôt repenser notre identité au lieu d'aligner des propositions parfois incompréhensibles pour la majeure partie de la société ? L'urgence écologique actuelle nous oblige à mettre notre projet à la portée de chacun. Pour y parvenir, nous devons redéfinir une stratégie et un cadre nous permettant de rassembler les écologistes mais aussi d'aller à la rencontre de toutes celles et tous ceux qui, en rupture avec les partis de la gauche traditionnelle, sont à la recherche d'une nouvelle offre politique plus proche des gens qui soit en mesure de faire la synthèse entre les différentes aspirations sociales et environnementales qui mobilisent aujourd'hui une large partie de la société.
Pour une société verte et solidaire
Nombreux sont les militants et citoyens de gauche qui dénoncent à la fois l'extension de précarité dans nos pays occidentaux et l'accroissement des écarts entre les pays du Nord et du Sud. Ils devinent que les solutions ne peuvent se construire qu'à l'échelle de la planète. Alors chacun tente de constituer les bases du rassemblement des forces anti-libérales sans que les résultats soient aujourd'hui à la hauteur du défi mondial. Un constat s'impose à nous : ce qui manque c'est un véritable soutien populaire qui soit en capacitéd'aiguillonner, de construire, d'accompagner et d'évaluer les projets ainsi que les politiques publiques mises en place.
Ce n'est pas parce que les préoccupations de milliards d'individus sont en phase avec nos propres analyses que nous sommes mécaniquement écoutés ou entendus. Pour cela, il faudrait tout d'abord renforcer largement notre ancrage dans la société. Toujours présents dans les luttes, les manifestations et les syndicats, nous sommes très souvent “invisibles” pour la plupart de celles et de ceux avec qui nous revendiquons et militons au quotidien. De la même façon, malgré une véritable présence dans les grands centres urbains, nous ne sommes quasiment pas implantés dans les quartiers populaires où nous enregistrons très souvent nos résultats les plus faibles aux élections. Il est vrai que nous sommes particulièrement inaudibles à toutes celles et tous ceux qui sont les premières victimes de tout ce que nous dénonçons depuis longtemps. Mal bouffe, logements vétustes, précarité, communautarisme, autant de maux contre lesquels nous nous positionnons mais sans réel impact sur le terrain. Pourtant, il y a urgence à agir en proposant aux couches populaires une façon nouvelle d'appréhender la politique. Cela suppose au préalable un élargissement de notre audience et de notre implication dans ces véritables zones de relégation sociale que sont devenues les périphéries de nos agglomérations. La transformation sociale et écologique de la société n'a de sens que si elle s'opère d'abord et avant tout où la situation est la plus critique. De la même manière, notre place est également aux côtés des travailleurs quand ceux-ci subissent des attaques frontales destructrices du lien social avec très souvent des répercutions dramatiques sur l'environnement. A ce propos, ce qui s'est passé dans le Pas de Calais, au sein de l'entreprise Métal Europe est particulièrement parlant : on y a à la fois détruit les emplois et l'environnement des salariés et de leur famille. Il aurait fallu en faire le symbole au niveau national de la nécessité de construire au plus vite une alternative écologique. Cependant, nous perdons souvent trop de temps à débattre entre nous pour savoir si nous pouvons discuter avec tel ou tel syndicat ou avec telle ou telle association. Finalement, nous mettons en perspective dans notre fonctionnement ce que nous critiquons pourtant avec tant de force : “le politiquement correct écologique”.
Que faire ?
Si nous revendiquons notre volonté d'articuler notre présence dans les institutions avec notre implication dans les luttes environnementales, sociales et sociétales, c'est que nous nous projetons au niveau national dans l'éventualité de constituer à terme un groupe parlementaire et donc d'intervenir sur l'ensemble des projets débattus au sein de cette institution. Il s'agit donc pour nous de continuer à construire non pas un parti générique qui ressemblerait aux autres forces de gauche, ni un parti identitaire qui ferait du repli sur les soi-disant fondamentaux de l'écologie son objectif essentiel, mais plutôt un véritable parti généraliste à vocation majoritaire qui soit en mesure d'apporter des réponses sur tous les sujets. Ce choix nous oblige donc à affiner notre stratégie et à améliorer sensiblement notre présence dans la société. Notre mouvement doit mieux représenter cette volonté politique en permettant à de nouvelles personnes d'entrer chez les Verts sans que cela soit vécu par un certain nombre d'entre nous comme pouvant représenter une difficulté à terme. Nous devons donc assumer les diversités de trajectoires, de cultures et d'histoires individuelles ou collectives qui se sont et continuent à se mixer au sein de notre parti en les acceptant comme une véritable richesse et non comme un handicap. Cela implique aussi que nous soyons plus ouverts sur la société et plus accessibles entre autre aux jeunes, aux travailleurs, aux habitants des banlieues… C'est une écologie populaire qu'il faut mettre en perspective, une écologie qui fasse réellement la synthèse entre les problèmes sociaux et environnementaux, une écologie qui prenne en compte les aspirations et les revendications de la partie la plus fragile de la société, une écologie enfin qui se construisent sur un des fondements essentiels de notre idéologie : la participation active des citoyens à l'élaboration des projets.
A Rouen, cela fait maintenant trois ans que nous avons choisi de mettre en place cette stratégie. Nous l'avons développée au sein de Collectifs Verts et Ouverts que nous avons créé dans les quartiers populaires. Nos militants ont été quotidiennement au contact des habitants. Nous avons aidé et participé à l'organisation de luttes contre les fermetures de classe et les expulsions mais également à la construction de structures d'économie solidaire. Nous avons discuté et débattu avec des centaines de personnes. Nous avons entendu les revendications mais aussi fait comprendre combien les problèmes sociaux et environnementaux étaient étroitement liés. Le résultat a été à la hauteur de l'énergie mobilisée. Ce sont aujourd'hui près de quarante adhérents issus de ces quartiers qui nous ont rejoints alors que nous n'avions quasiment aucun militant il y a quelques années dans cette partie de la ville. Cela représente également des résultats multipliés par trois ou quatre dans la plupart des bureaux de vote passant même d'une poignée de suffrages à plus de soixante-dix voix sur le bureau le plus populaire de la ville lors des dernières élections cantonales - soit un résultat de 20%. Cela nous a permis de consolider et d'affirmer sur l'ensemble du territoire municipal la pertinence de notre projet . Cet ancrage a rendu notre organisation plus forte et plus solidaire, capable d'initiatives et d'expressions du fait de sa réelle implantation populaire. Cela n'a pas vocation à servir d'exemple à l'ensemble des Verts mais plutôt à engager une réflexion sur nos modes de fonctionnement vers l'extérieur mais également à proposer un débat sur notre capacité et notre volonté de diriger nos actions vers les couches populaires qui sont en attente de choix alternatifs. A ce propos, le vote du 29 mai dernier a été révélateur d'une part de l'exaspération d'un bon nombre de personnes qui connaissent de grandes difficultés au quotidien et d'autre part de la nécessité d'apporter des réponses aux revendications et aux angoisses constatées alors. De ce point de vue, la question européenne demeure plus que jamais fondamentale puisqu'il paraît peu probable que nous soyons en mesure de penser un projet alternatif au seul échelon national.
Développer une écologie de transformation qui permette la mise en œuvre d'un développement soutenable pour tous et par tous doit être désormais un de nos objectifs principaux. L'urgence sociale et environnementale s'impose à tous et nous oblige à accélérer notre mutation vers un parti capable à la fois de rassembler les forces vives afin de créer des rapports de forces déterminants mais également d'être plus attentifs au quotidien de chacun et notamment à celui des hommes et des femmes qui sont les principales victimes du libéralisme. C'est le sens de la nécessité de l'ancrage de l'écologie dans les classes populaires ; c'est le sens me semble t-il du concept d'écologie de transformation.
Jean-Michel Bérégovoy est secrétaire des Verts de Rouen,
porte parole des Verts de Haute-Normandie et membre du CNIR.
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