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Mardi 11 avril 2006

Présidentielles 2007

Le point sur la stratégie et sur l’investiture

1) Le débat sur la stratégie

Lors des 7 débats contradictoires entre les 5 candidats à l’investiture interne pour la présidentielle de 2007, une question est revenue à chaque fois : « Etes-vous pour une candidature Verte ? ».

 

Trois candidats répondent, sans hésiter, par l’affirmative, avec des arguments que je résume par les formules « Qui peut défendre le programme des Verts, sinon un militant Vert ? », ou « Ne laissons pas le champ libre aux candidats d’autres formations écologistes ». Enfin, un des candidats se présente pour défendre « des primaires à l’italienne », regroupant l’ensemble des forces de gauche et écologistes.

 

Je voudrais clarifier ma position personnelle sur ce point.

Lors du débat au CNIR, je me suis prononcé pour le report du calendrier de désignation du candidat des Verts à la présidentielle. En effet, je pense que les Verts auraient dû tenir en juin ou septembre une Assemblée générale choisissant entre les trois options stratégiques en débat dans notre mouvement :

 

Ø     Une candidature verte, selon nos modes de désignation actuels.

Ø     L’organisation de primaires à gauche avec la participation d’un candidat Vert.

Ø     Le soutien à un candidat non-Vert représentant une mouvance anti-libérale et anti-productiviste, en clair une candidature José Bové.

 

Je déplore que notre mode de fonctionnement ne permette plus de discuter stratégie. Il se cantonne à l’identitaire et n’a plus aucune réactivité à l’actualité.

Quelles sont les craintes qui poussent certains cadres du mouvement à vouloir étouffer le débat ? Au contraire, un débat bien mené renforce la cohésion et, surtout, la société peut s’en emparer, d’autant que l’interrogation vis-à-vis de ces trois options est largement partagée à l’extérieur de notre mouvement.

 

Je souhaitais que le débat ait lieu et que nous ayons l’ensemble des éléments pour prendre une décision. Pour cela, le report était indispensable.

 

 

2) La campagne interne et l’investiture

Une candidature verte :

C’est bien le moins qu’un parti politique, présent sur la scène politique, ait un candidat issu de ses rangs pour défendre ses idées, faire émerger des problématiques propres et donner une image nationale au travers d’une candidature. Il est donc légitime, normal, de présenter une candidature. Mais certaines périodes politiques, certaines circonstances exceptionnelles, peuvent amener un parti à choisir une autre option.

Sommes-nous dans des circonstances exceptionnelles ?

Sommes-nous dans un contexte favorable à une candidature verte ?

 

 

Des primaires à gauche :

 

L’argument invoqué pour défendre les primaires est l’éviction de Jospin dès le premier tour de la présidentielle de 2002. L’absence d’un candidat de gauche au second tour de la Présidentielle ne peut nous laisser indifférents. Se retrouver, une nouvelle fois, obligés de voter pour le candidat de droite contre celui de l’extrême droite, n’est guère enthousiasmant.

De plus, les chances de la gauche aux législatives seraient amenuisées et l’alternance politique, si nécessaire, serait compromise. Cette menace d’une absence d’un candidat de gauche inciterait un grand nombre d’électeurs potentiels à voter socialiste pour éviter un nouveau 21 avril.

 

 

Mais, quelles sont les propositions socialistes qui permettraient d’engager un processus de primaires ? quelles sont les bases programmatiques qui donneraient des garanties de changement pour un prochain gouvernement ? quelle proposition de partage de responsabilités entre les différentes formations participant à ces primaires ? Le parti socialiste n’a, aujourd’hui, avancé aucune proposition, tant il est enlisé dans ses luttes internes entre les différents présidentiables ; il se contente de se laisser porter par la volonté de changement politique sans anticiper sur les enjeux de demain.

 

 

La situation à gauche aurait justifié l’organisation de Primaires à gauche, malheureusement l’attitude narcissique du PS ne la permet pas aujourd’hui et ces primaires se résumeraient à une simple formalité, sans intérêt, de compétition, jouée d’avance, entre candidats de différentes formations politiques.

 

 

Une candidature anti-libérale et anti-productiviste :

Cette candidature découle de l’analyse que l’alternance à gauche est nécessaire et souhaitée, mais qu’elle n’est pas suffisante si elle ne débouche pas sur une remise en cause de notre système économique et social, lors d’une prochaine alternance.

Pour cela, il est nécessaire de créer à gauche un large front anti-libéral et anti-productiviste avec toutes les forces de la gauche radicale pour peser face au parti Socialiste et infléchir sa politique d’accompagnement du libéralisme économique.

Cette alliance suppose des clarifications sur le programme et le projet de société. C’est pourquoi, il fallait du temps aux partisans de la candidature de José Bové pour élaborer un plan de campagne et définir les alliances. Un débat avec le PCF sur l’énergie, avec la LCR sur la participation au pouvoir, avec ATTAC, les associations, les citoyens sur les mesures à mettre en œuvre lors d’une prochaine alternance aurait permis de créer les conditions d’une mobilisation active en adéquation avec la mobilisation sociale de ces dernières semaines.

 

 

Même si je considère cette démarche d’ouverture avec intérêt, je ne pense pas qu’elle soit réalisable car les différentes formations concernées finiront par choisir l’identitaire plutôt que le projet. D’autant que derrière la Présidentielle s’organisent les désignations aux Législatives où les relations avec le PS sont sur déterminantes, en contradiction avec l’émergence d’un pôle de radicalité.

 

 

En conclusion :

 

Les Verts auraient été grandis de lancer le débat citoyen sur le projet de la gauche pour les prochaines années. L’organisation d’une AG stratégique avant les désignations des candidats verts aurait permis aux partisans de primaires d’interpeller le Parti socialiste, aux partisans de Bové d’interpeller la gauche radicale. Cette démarche stratégique aurait positionné les Verts au centre du débat de la gauche, en phase avec le mouvement social particulièrement actif aujourd’hui. Au contraire, l’organisation aujourd’hui, de nos primaires renforce l’idée que nous sommes à côté de la mobilisation, certes présents, mais imperméables aux interrogations du peuple de gauche.

 

Au-delà du score que le ou la candidat.e vert.e réalisera, ce qui est essentiel aujourd’hui, c’est le positionnement stratégique que nous adopterons, qui nous permettra de nous situer soit à la marge, soit au cœur des débats de la gauche et ce choix conditionnera notre développement futur.

 

Dix ans après le choix d’une stratégie d’alliance à gauche, nous devons aujourd’hui reconsidérer notre positionnement stratégique.

La stratégie d’accompagnement avec la social-démocratie nous est défavorable car nous partageons avec le PS les critiques d’un bilan négatif, alors qu’il bénéficie, seul, du désir de changement de nos concitoyens, apparaissant comme le seul parti capable d’amener l’alternance.

La stratégie de rupture d’un pôle de radicalité se heurte à un parti communiste encore marqué par une pensée productiviste, même s’il évolue dans le bon sens et la force d’une extrême gauche, représentée par un candidat jeune et populaire, ragaillardie par les mobilisations sociales et n’ayant pas encore optée pour une participation aux institutions.

 

Notre situation est difficile, nous ne pouvons retourner vers une stratégie du NI NI et pourtant le partenaire principal nous vampirise, nous associant dans ses déboires et nous marginalisant lors des victoires.

 

Il faut construire maintenant un parti ouvert sur la société, ouvert aux questions sociales. Seule une véritable alliance avec les classes populaires nous permettra de jouer un rôle déterminant à gauche. Nous devons nous préparer à être le parti central de la gauche et non pas le parti marginal de la gauche.

 

C’est le sens de ma candidature à l’investiture pour l’élection présidentielle, le sens du projet que les Verts doivent défendre aujourd’hui, pour relever les défis de ce siècle.

 

 

Le 11 avril – Jean Desessard

Par Jean Desessard - Publié dans : desessard2007
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